Généralités
Lambeau fascio-cutané (assimilable à un lambeau neuro-cutané), prélevé sur la face latérale de la jambe. Vascularisé par la branche ascendante de l’artère fibulaire.
Avantages
- Lambeau simple, fiable et reproductible
- Pas de sacrifice d’un axe vasculaire principal
- Arc de rotation
Inconvénients
- Séquelle esthétique du site donneur (mais prélèvement sous-cutané possible)
- Retour veineux a contrario
Anatomie
La branche perforante de l’artère fibulaire (ramus perforans) traverse la membrane interosseuse à 5 cm de la pointe de la malléole latérale. Elle s’anastomose en distal avec l’artère malléolaire antéro-latérale (branche de la tibiale antérieure), puis avec l’artère tarsienne latérale.
La branche perforante donne également, juste après sa sortie de la membrane interosseuse, une branche ascendante destinée à la face latérale de la jambe. Cette branche accompagne le nerf fibulaire superficiel et traverse le fascia à la jonction tiers moyen – tiers distal de la jambe pour devenir sous-cutanée.
Les branches artérielles perforantes sont représentées ici en projection, puisque le ramus perforans n’est visible qu’à un niveau plus distal. La branche ascendante, à destinée cutanée, rejoint le réseau artériel fascial et sous-cutané. Comme pour les lambeaux neuro-cutanés, ces perforantes sont situées à proximité d’un nerf sensitif superficiel — ici le nerf fibulaire superficiel, qui peut servir de guide à la dissection, l’artère étant difficilement identifiable.
Dissection classique
Repères cutanés. Marquage de la malléole latérale et de la crête tibiale. Estimation de la localisation du ramus perforans — au besoin guidée par doppler — dans le sinus tibio-fibulaire, à environ 5 cm de la pointe de la malléole latérale.
Incision de la berge médiale du lambeau. La sécurité consiste à inciser à proximité de la crête tibiale en haut, puis du muscle tibialis anterior en bas, avec inclusion du fascia musculaire amarré à la palette cutanée. Décollement de la face profonde emportant le fascia — geste sans danger puisque le pédicule artériel chemine au-dessus de l’aponévrose. Le décollement s’arrête au-dessus du niveau du ramus perforans.
Les masses musculaires sont réclinées pour permettre l’abord du sinus tibio-fibulaire, où émerge le ramus perforans.
Incision des berges supérieure et latérale du lambeau, emportant le fascia et rejoignant le plan de décollement précédent.
Levée de la palette cutanée de proximal en distal, en ruginant la fibula à la partie basse. Ouverture de la membrane interosseuse et dégagement du ramus perforans.
Le lambeau est pivoté autour de l’axe du ramus perforans, qui peut être sectionné pour une dissection distale du pédicule sur le réseau anastomotique du dos du pied.
Dissection à pédicule total (Ph. Valenti)
Repères cutanés : marquage de la malléole latérale et de la crête tibiale, estimation de la localisation du ramus perforans. Pour éviter une blessure du ramus lors de la dissection, le point de pivot est décalé de 2 cm plus proximal.
La palette cutanée est positionnée plus proximale, pour accroître l’arc de rotation — le point pivot se situant plus haut. Exposition du tissu sous-cutané par un décollement très superficiel.
Incision de la berge médiale du lambeau. La sécurité consiste à inciser en regard de la crête tibiale en haut, puis du muscle tibialis anterior en bas, avec inclusion du fascia musculaire amarré à la palette cutanée.
Incision des berges supérieure et latérale du lambeau, emportant le fascia et rejoignant le plan de décollement précédent. Section du nerf musculo-cutané latéral au niveau de la berge supérieure.
Arc de rotation du lambeau. À ce stade de la dissection, le lambeau est remis dans sa position « physiologique » et le garrot doit être lâché, pour permettre un remplissage plus rapide et plus efficace que si le pédicule était tourné à 180° immédiatement après la mise en place du lambeau.
Cas clinique — Couverture du tendon d’Achille
Exposition du tendon d’Achille et dessin du lambeau.
Exposition du rail sous-cutané contenant le pédicule vasculaire — le décollement superficiel des lambeaux qui le recouvrent permet de conserver le réseau veineux superficiel, même s’il fonctionnera à contre-courant. Incisions latérales de la palette et de la zone du pédicule sous-cutané ; levée du lambeau par libération de sa face profonde entre les deux incisions. Lâcher du garrot, le lambeau étant remis en place, pour favoriser sa revascularisation : ce n’est qu’après une revascularisation totale que le lambeau peut être tourné sans danger.
Aspect à 6 mois. Séquelle du site donneur, traitée par greffe secondaire.
Cas clinique — Couverture de la malléole latérale
Sarcome de la malléole externe.
Exérèse tumorale. Planification du lambeau. Aspect à 9 mois, après radiothérapie.
Cas clinique — Couverture du talon
Avulsion de la coque talonnière chez un patient de 32 ans. Aspect après parage.
Planification du lambeau supramalléolaire externe et prélèvement selon le principe de Valenti.
Aspect post-opératoire à 24 mois. Le choix de ce lambeau, a priori peu judicieux pour la couverture d’une zone portante, ne donne lieu ici qu’à une zone de conflit minime chez ce patient portant des chaussures de sécurité.
Cas clinique — Couverture du dos du pied
Traumatisme balistique du pied chez un patient de 65 ans. Perte de substance osseuse sur les deux premiers métatarsiens.
Planification du lambeau supramalléolaire externe, disséqué selon la technique de Valenti. Mise en place d’un spacer en ciment pour une reconstruction osseuse en deux temps selon Masquelet. Lors du 2e temps, le lambeau est soulevé par sa berge médiale, le spacer retiré et remplacé par une greffe d’os spongieux ; le lambeau recouvre alors le spacer pour obtenir la formation d’une membrane nécessaire au temps suivant. Le reste de la perte de substance est greffé.
Aspect clinique et radiologique à 12 mois.
Cas clinique — Couverture du tendon d’Achille (transfert retardé)
Perte de substance cutanée en regard du tendon d’Achille par choc direct chez un patient de 65 ans, diabétique. Thromboses vasculaires étagées des trois axes vasculaires de la jambe, de traduction clinique modérée. L’association d’une circulation veineuse de mauvaise qualité fait envisager un prélèvement par étapes, qui permettra l’ouverture de shunts artériels au sein de la palette — principe du retardement des lambeaux — et de fiabiliser le drainage veineux.
