Généralités
Plus de 1,5 million de personnes souffrent de plaies chroniques en France, dont 800 000 ulcères de jambe, avec plus de 2000 produits commercialisés pour leur traitement. Les pansements ont beaucoup évolué depuis les pansements classiques (1970-2000) jusqu’aux pansements modernes, qui exploitent l’intérêt de la cicatrisation en milieu humide — avec une composition de plus en plus sophistiquée, donc un risque allergisant croissant.
Deux facteurs freinent la cicatrisation d’un ulcère de jambe : l’infection et l’eczématisation.
Quand évoquer une intolérance au pansement ?
Le diagnostic d’une « dermite du pansement » est avant tout clinique : une dermatose d’irritation ou eczématiforme, de localisation périlésionnelle (périulcéreuse), à limites nettes reproduisant exactement le contour du pansement.
On distingue les dermites d’irritation et les dermites de sensibilisation (eczémas) — la première faisant le lit de la seconde : « l’irritation fait le lit de la sensibilisation ».
Données épidémiologiques
La fréquence de sensibilisation atteint 60 à 70 % selon les séries, et augmente avec la durée de l’ulcère : les patients sont exposés à de très nombreux topiques sur de longues périodes. Les allergènes les plus fréquents sont le baume du Pérou (25 %), le Fragrance Mix (19 %), la lanoline (17,5 %), les aminoglycosides (14 %) et le caoutchouc (5 à 12 %) — les patients sont souvent polysensibilisés : 50 % ont plus de deux allergènes, 20 % plus de cinq.
Ces allergènes évoluent avec le temps : autrefois les antibiotiques topiques, le baume du Pérou et la lanoline ; aujourd’hui le caoutchouc (bandages élastiques, gants de l’infirmière) et, parmi les pansements eux-mêmes, les hydrogels et les hydrocolloïdes.
Principaux produits en cause
Antiseptiques. La sensibilisation n’est pas rare (étude REVIDAL : 75 cas en deux ans), due au principe actif ou à l’excipient, très souvent avec polysensibilisation : chlorhexidine, hexamidine, povidone iodée, mercuriels, trichlocarban, chlorure de benzalkonium — qui sont également des conservateurs.
Antibiotiques locaux. La Fucidine a remplacé les aminosides (néomycine) ; mais si le principe actif est l’acide fucidique, il faut aussi penser à l’excipient — la lanoline est présente dans la pommade.
Émollients (lanoline et dérivés), tensioactifs, et jusqu’aux pansements modernes eux-mêmes : hydrocolloïdes, hydrocellulaires, hydrogels, alginates, hydrofibres, pansements au charbon, tulles, interfaces, pansements semi-perméables. En pratique, peu de sensibilisation avec ces nouveaux pansements, sauf les hydrogels.
Conduite à tenir
Devant un eczéma péri-ulcéreux : arrêter tout, laver à l’eau avec un syndet non allergisant en rinçant abondamment, appliquer des dermocorticoïdes, puis de la vaseline ou un pansement neutre (Jelonet), et suspendre temporairement ou définitivement les hydrocolloïdes et hydrogels — jusqu’à la réalisation de tests allergologiques.
Il faut penser à tester ces patients avec la batterie standard européenne, une batterie spécialisée « ulcères de jambe » adaptée localement, et surtout leurs produits personnels — savons, antiseptiques, antibiotiques topiques, pansements, tulles, crèmes et pommades cicatrisantes — y compris ceux réputés les plus anodins et prescrits par le clinicien lui-même : aucun produit n’est indemne de risque allergisant.
Prévention et conclusion
En prévention : éviter les irritants et les détergents, éviter les antiseptiques, préférer des produits simples, un seul pansement à la fois, en connaître la composition, et savoir évoquer une allergie devant une non-cicatrisation avant de changer de pansement.
