Introduction
La peau associe un épiderme stratifié (stratum basale, spinosum, granulosum, lucidum, corneum), un derme papillaire puis réticulaire portant les annexes (follicules pileux, glandes sébacées et sudoripares, fibres collagènes et élastiques, capillaires, lymphatiques, nerfs et récepteurs sensitifs), et un hypoderme adipeux. C’est la coordination de ces structures qui permet la cicatrisation d’une plaie.
Mécanismes de la cicatrisation
La cicatrisation normale associe cinq phases qui se succèdent en se chevauchant partiellement : réponse vasculaire, hémostase, inflammation, prolifération cellulaire et remodelage tissulaire (auquel s’ajoute, entre prolifération et remodelage, l’épidermisation de la surface).
Réponse vasculaire et hémostase. La nécrose tissulaire de la plaie déclenche une vasoconstriction réflexe, puis la formation d’un caillot plaquettaire (fibrinogène, facteurs de coagulation, sels) sous l’action de médiateurs (thromboxane A2, sérotonine, histamine) libérés par les cellules sanguines. Cette phase très brève laisse ensuite place à la vasodilatation.
L’hémostase se poursuit par l’adhésion des plaquettes, qui libèrent des facteurs chimiotactiques, et la formation d’un réseau de fibrine où s’organisent les globules rouges ; la dessiccation de ce réseau forme la croûte qui ferme provisoirement la plaie.
Inflammation et prolifération cellulaire. Des enzymes (élastases, protéases, collagénases) assurent la détersion et permettent la migration cellulaire. La prolifération cellulaire combine deux phénomènes concomitants : l’épithélialisation, par libération puis migration des cellules épidermiques à partir des berges, sous l’effet des intégrines et des collagénases ; et la formation du tissu de granulation, où capillaires et macrophages libèrent des facteurs de croissance qui recrutent les fibroblastes, producteurs de collagène au sein d’une matrice extracellulaire d’abord intermédiaire puis définitive.
La néovascularisation du tissu de granulation dépend du VEGF, libéré par les cellules épidermiques et les macrophages, qui déclenche la digestion de la membrane basale des capillaires voisins par des collagénases et leur migration vers la plaie.
Remodelage tissulaire. Il repose sur l’équilibre entre synthèse et dégradation du collagène — la dégradation dépendant des métalloprotéinases matricielles (MMP), elle-même contrôlée par une enzyme inhibitrice tissulaire (TIMP). L’aspect histologique de la cicatrice évolue sensiblement entre J15, encore riche en cellules inflammatoires et vaisseaux néoformés, et J60, où le tissu se réorganise et se densifie.
Modes de cicatrisation
Quatre modes de cicatrisation se distinguent par l’équilibre entre les six phases décrites ci-dessus. La cicatrisation fœtale — une réparation sans cicatrice, modèle resté longtemps hors de portée en pratique clinique — s’oppose à la cicatrisation normale, à la cicatrisation excessive (hypertrophique ou chéloïde, par persistance anormale de la prolifération et de la contraction) et à la cicatrisation anormale (par défaut, notamment en cas de plaie chronique).
Le modelage du collagène illustre ce point d’équilibre : dans une plaie normale, la balance synthèse/dégradation reste stable ; dans une plaie chronique, la dégradation de la matrice extracellulaire par les MMP devient prédominante, empêchant toute cicatrisation.
Types de cicatrisation
On distingue la cicatrisation primitive, obtenue par suture d’une plaie non contuse, propre et bien vascularisée, de la cicatrisation secondaire (dirigée), qui laisse la plaie se refermer spontanément.
Pour la cicatrisation primitive, les principes de suture reposent sur un parage et une détersion mécanique préalables, une fermeture en plusieurs plans (sans suturer la graisse), et des points qui évitent de traverser l’épiderme, affrontent parfaitement les berges, ne sont pas ischémiants, et sont retirés précocement.
La cicatrisation secondaire concerne les plaies contuses, souillées ou avec perte de substance : détersion (mécanique, enzymatique, bactérienne), bourgeonnement (inflammation, granulation, forte contraction), puis épithélialisation. Un pansement occlusif, en maintenant un milieu humide, accélère l’épidermisation directe ; en milieu sec, l’épidermisation ne peut se faire que sous la croûte, ce qui la retarde.
