Cas clinique
Rhizarthrose chez une femme de 60 ans, dans un contexte d’arthrose diffuse. La déformation clinique associe à la douleur une rétraction de la première commissure et une déformation en Z du pouce. Radiologiquement, on note un pincement des interlignes péritrapéziens et une réaction ostéophytique, en particulier entre la base des deux premiers métacarpiens.
Voie d’abord
La ligne en pointillés matérialise le pli de flexion du poignet sur son bord radial. L’incision est tracée en baïonnette, centrée sur ce repère. Les lambeaux cutanés sont réclinés par discision des parties molles, sans endommager les branches sensitives du nerf radial.
La ligamentoplastie et l’interposition utiliseront le tendon du long abducteur du pouce : on gagne du temps à préparer ce temps dès à présent, en dégageant largement la face superficielle du premier compartiment des extenseurs. La loge est ensuite ouverte à la manière d’une ténosynovite de De Quervain, et le tendon du long abducteur du pouce est mis sur lac.
Trapézectomie
Le tendon du long abducteur du pouce est récliné en position dorsale, permettant l’ouverture du plancher de la loge et le repérage de l’artère radiale, qui croise ici la tabatière anatomique.
Le tendon du long abducteur du pouce est alors récliné en position palmaire. Le premier métacarpien est mobilisé et la lame du bistouri recherche le contact avec la partie mobile : le premier espace articulaire rencontré en amont de cette zone est l’interligne trapézo-métacarpien, l’espace suivant l’interligne scapho-trapézien — délimitant ainsi le trapèze. En cas de doute, une vérification à l’ampli de brillance n’est pas inutile.
La capsule articulaire est ouverte et la face superficielle du trapèze exposée ; le plan entre l’os et la capsule est ensuite suivi sur les faces palmaire et dorsale de l’os — l’artère radiale se trouvant en fait à distance de l’interligne scapho-trapézien, il n’était donc pas utile de la disséquer. Le tendon du long abducteur du pouce est maintenu en position palmaire, celui du court extenseur récliné en position dorsale ; le trapèze est mobilisé à l’aide d’une fiche de fixateur montée sur une poignée, puis dégagé sur ses différentes faces par section des attaches capsulo-ligamentaires, au bistouri puis à la rugine.
Le trapèze est extrait de sa loge. Une vérification au doigt s’assure de l’absence d’ostéophytes résiduels, en particulier entre les deux premiers métacarpiens, complétée par un nettoyage de la loge à la pince gouge.
Ligamentoplastie et interposition
Le tendon du fléchisseur radial du carpe est mis sur lac pour le prélèvement du greffon tendineux. Les différents faisceaux du long abducteur du pouce — en principe au nombre de trois — sont individualisés : l’un d’entre eux est passé dans le stripper à tendon, poussé vers le corps musculaire en suivant l’orientation du tendon tandis qu’une traction est exercée sur sa partie distale. Le tendon est ainsi extrait en préservant son insertion distale à la base du métacarpien.
Le tendon du long abducteur du pouce est ensuite passé sous le tendon du fléchisseur radial du carpe, au fond de la loge ; les deux tendons sont solidarisés l’un à l’autre par deux points en croix de Prolène® 3/0. Le tendon du long abducteur du pouce est enfin enroulé autour d’une pince à hémostase, solidarisé par un surjet de Prolène® 3/0, puis réintégré dans la loge de trapézectomie pour en assurer l’interposition.
Suites opératoires
L’antalgie post-opératoire est assurée par un cathéter in situ : l’extrémité d’un cathéter de péridurale est introduite dans la loge de trapézectomie, tunnelisé depuis un point d’entrée à l’avant-bras, 5 cm en amont de la voie d’abord. La capsule articulaire est refermée en veillant à ne pas incarcérer les branches du nerf radial ou l’artère radiale.
Le cathéter est fixé à l’avant-bras par Steri-Strip® puis Opsite® — en laissant le point d’entrée apparent pour la surveillance —, puis connecté à un filtre antibactérien et à une pompe électronique ou un diffuseur élastomérique, pour une diffusion continue et par bolus de Naropéine®. Un pansement volumineux, de type Jones, est réalisé avec de la bande mousse ; il est également possible d’immobiliser la colonne du pouce par une attelle ou par un embrochage de type Iselin.
