Service de Chirurgie Plastique du CHU de Bordeaux — blocs opératoires, mains
Enseignement · Plaies et cicatrisation

Soins de stomies

Plaies et cicatrisation · Pansements

Généralités

Une stomie est l’abouchement intentionnel d’un organe creux à la peau — digestive ou urinaire. Être stomisé, c’est vivre avec une incontinence sévère : insensibilité et incapacité de contrôle de l’émission des selles ou des urines, qui doivent être recueillies à la sortie. Il faut donc maintenir en permanence, en regard de la stomie, un dispositif médical de recueil.

En France, quatre laboratoires fabriquent ces dispositifs : B. Braun, Coplast, Convatec, Hollister. Un dispositif de recueil externe associe trois éléments : l’interface, un protecteur cutané en contact avec la peau ; la poche, qui stocke les effluents ; l’assemblage, qui fixe la poche sur l’interface — par système élastique, mécanique ou par collage.

Figure 1 — L'interface, protecteur cutané du dispositif de recueil.
Figure 2 — Poches une pièce, fermée ou vidable.
Figure 3 — Types d'assemblage : élastique, mécanique, par collage.
Piège. La préparation de la peau autour des stomies se fait au savon neutre — et surtout, il faut essuyer doucement, sans frotter.

Les lésions cutanées en zone péristomiale

Les dermatites de contact forment une zone rouge, sensible, le plus souvent en anneau, sur la peau en contact avec les selles — dues à une découpe du protecteur cutané non adaptée à la stomie. Les intolérances donnent une zone rouge et douloureuse, sur la peau en contact avec le support ou un produit non toléré : produit de lavage inadapté, irritant ou allergisant, intolérance au protecteur cutané ou à l’adhésif, ou encore au plastique ou au voile de la poche elle-même.

Figure 4 — Dermatite de contact (haut) et intolérance cutanée (bas).
Conduite à tenir. Identifier et supprimer la cause, adopter des soins d’hygiène et des soins locaux doux, et utiliser un appareillage deux pièces ou une plaque d’hydrocolloïde.

Les brûlures dues aux effluents sont des lésions exsudatives, très douloureuses, qui rendent l’appareillage difficile car les protecteurs cutanés n’adhèrent plus — de la simple rougeur à la véritable brûlure. Elles sont dues à des fuites de selles ou d’urines à débit important : repérage préopératoire non réalisé, stomie plane ou invaginée, présence d’un pli, appareillage inadapté à la stomie, découpe inappropriée.

Figure 5 — Brûlure due aux effluents.
Conduite à tenir. Éviter la réapparition des fuites en isolant la lésion (hydrocolloïde en plaque, en pâte, en anneau ou en poudre), utiliser un système deux pièces — voire convexe, avec ou sans ceinture —, recourir à un hydrocellulaire si la lésion est exsudative, et renouveler l’appareillage immédiatement en cas de fuite.

Les folliculites sont une inflammation des follicules pileux, avec rougeurs et suintements, due au rasage de la peau péristomiale chez les patients « velus ».

Figure 6 — Folliculite péristomiale.
Conduite à tenir. Couper les poils avec une tondeuse ou des ciseaux plutôt que les raser, et utiliser un système deux pièces jusqu’à cicatrisation.

Les bourgeons péristomiaux entraînent des saignements et gênent l’appareillage ; ils sont dus à des résidus de fils résorbables qui provoquent une hypercicatrisation ou une réaction inflammatoire. Ils se traitent par application locale de nitrate d’argent, ou au laser.

Figure 7 — Traitement des bourgeons péristomiaux : nitrate d'argent, laser.

Les mycoses forment une zone rougeâtre et suintante, ressemblant à un érythème de macération, douloureuse et gênant l’appareillage. Le pyoderma gangrenosum est une maladie rare : une dermite gangreneuse purulente, souvent associée à une maladie digestive ou sanguine, qui peut siéger n’importe où sur le corps mais apparaît volontiers autour des stomies.

Figure 8 — Mycose péristomiale (haut) et pyoderma gangrenosum (bas).

Les ulcérations résultent de lésions d’arrachage — la radiothérapie y prédispose. La déhiscence ou désinsertion est une séparation muco-cutanée consécutive à une distension abdominale ou à un traitement radiothérapique.

Figure 9 — Ulcération péristomiale et déhiscence muco-cutanée.

Une récidive cutanée de maladie de Crohn peut se manifester par des ulcérations péristomiales, une fistule péristomiale, et des lésions douloureuses.

Figure 10 — Récidive cutanée de maladie de Crohn, ulcérations et fistule péristomiale.
Figure 11 — Autres cas cliniques de complications péristomiales.